AVANT-PROPOS
Près de dix-huit mois
après le début de ses travaux, la Commission des États généraux
sur l'éducation présente aux citoyennes et aux citoyens du Québec
un projet de réforme du système d'éducation. Déjà
saisie de ce projet, la ministre de l'Éducation aura la lourde responsabilité
d'en disposer selon les orientations et les échéanciers du gouvernement.
Deux périodes,
un mandat revu et adapté
Deux grandes périodes
auront caractérisé la démarche de la Commission. À
l'origine, nous étions chargés de préciser la situation
de l'éducation au Québec et d'en analyser les principaux éléments,
à partir de consultations. Après des audiences tenues dans toutes
les régions du Québec et qui ont été marquées
au coin d'une mobilisation exemplaire, nous avons publié, en janvier
1996, l'Exposé de la situation. Nous y faisions état des
propos entendus au cours de la consultation et, pour faire progresser le débat,
y formulions, à l'intention des personnes et des organismes désireux
d'intervenir à l'occasion des assises régionales, un certain nombre
de questions jugées prioritaires.
La deuxième période
des travaux de la Commission s'est ouverte sur la modification du mandat de
la Commission: on nous demandait désormais de dégager, dans le
Rapport final prévu pour l'automne, des perspectives et des priorités
d'action pour l'avenir de l'éducation au Québec. C'est cette nouvelle
orientation qui a présidé aux assises régionales et aux
assises nationales. Les premières, amorcées par des activités
de sensibilisation et des forums grand public, ont été clôturées
par seize conférences où la parole était donnée
à des représentants et représentantes d'organismes régionaux.
Nous avons publié, en juin 1996, conformément à notre mandat,
un Rapport de synthèse des conférences régionales
qui rend compte des débats qui s'y sont déroulés. Pour
respecter les caractéristiques particulières et l'autonomie des
nations autochtones, le Conseil en éducation des Premières Nations
a tenu, pour cette première phase, ses propres assises auxquelles la
Commission a été invitée. Toutefois, il s'est joint aux
autres représentants sociaux et scolaires pour les assises nationales.
Les assises nationales,
tenues au début de septembre 1996, ont porté sur un nombre limité
de questions qui avaient été reformulées par la Commission
soit pour tenter de mieux éclairer des zones d'ombre, soit pour tenter
de dénouer des impasses qui subsistaient.
L'originalité
de notre démarche
La Commission n'était
pas dans la même situation que la Commission royale d'enquête sur
l'éducation dont les travaux, dans les années 1960, ont conduit
à la publication du rapport Parent. Il ne s'agit pas aujourd'hui de construire
un système d'éducation, mais d'en indiquer les voies de rénovation
possibles.
Par ailleurs, nous n'avons
pas été réunis d'abord en qualité d'experts en éducation,
mais en raison du fait que nous venions de milieux et d'horizons divers et que
cette diversité était susceptible d'assurer une voix aux différents
secteurs de la société. La pluralité de notre expertise
doit être appréciée à ce seul titre.
Enfin, nous avons opté
pour une participation la plus large possible de tous les acteurs sociaux et
scolaires ainsi que pour un mode de participation qui soit le plus transparent
possible. La nature même des questions soumises au débat et le
caractère public de celui-ci reflétaient ce choix. Nous nous réjouissons
vivement de l'accueil que la population a réservé à notre
invitation.
Notons que la Commission
a également consulté les études existantes, notamment celles
qui portent sur la façon dont d'autres sociétés occidentales
s'y prennent pour réformer leur système d'éducation. Nous
avons mené nos propres études sur des aspects peu documentés
du système d'éducation et nous avons tiré profit des analyses
que le Ministère a mises à notre disposition. Nous avons surtout
tenté de porter un jugement collectif, à partir de ces sources
et de la parole de milliers d'intervenants.
Évolution
et rupture
Le présent rapport
n'est pas en rupture avec l'Exposé de la situation; à certains
égards, il reprend même certaines convictions qui y étaient
exprimées: l'importance de recentrer la mission de l'école, l'affirmation
de la responsabilité des individus et des institutions en ce qui concerne
l'encadrement des études et l'accompagnement des élèves,
l'importance d'actualiser l'égalité des chances, à compter
de la petite enfance, la nécessité d'établir une véritable
filière de formation professionnelle et technique et de faire valoir
dans toutes les activités du système d'éducation la perspective
de la formation continue. Des chantiers complexes découlent de ces convictions:
ainsi, à l'évidence, la restructuration des curriculums, une politique
intégrée de la petite enfance, une politique de formation continue
s'imposent.
Il nous apparaît
également qu'il faut modifier en profondeur les rapports entre les établissements
d'enseignement et les autres paliers du système, tout comme leurs rapports
avec les communautés locales; qu'il faut reconfigurer l'enseignement
universitaire et ce, au-delà des intentions annoncées; qu'il faut
apprendre à exercer l'évaluation institutionnelle de façon
systématique, mieux soutenue et plus responsable; qu'il faut développer
de façon urgente et assidue la formation continue des différentes
catégories de personnel; qu'il faut harmoniser les programmes des ordres
d'enseignement voisins, en vue d'une formation mieux intégrée
des élèves; bref qu'il faut, pour toutes les catégories
d'élèves, qu'ils soient jeunes ou adultes, agir sur les conditions
de leur réussite.
Mais, pour que l'école
devienne ce facteur essentiel de cohésion sociale - par l'égalité
des chances qu'elle permet comme par la richesse des savoirs qu'elle transmet ,
pour qu'elle éduque les individus aux valeurs et les prépare à
la citoyenneté responsable, il faudra provoquer des ruptures par rapport
à la culture scolaire traditionnelle, aux structures telles qu'on les
connaît, au partage actuel des responsabilités, et à la
protection de certains acquis.
Limites et possibilités
Nous avons tenté,
dans ce rapport*, d'aligner les chantiers que nous jugeons
prioritaires sur l'analyse que nous faisons des défis qui attendent l'école
de demain. Le regard que nous portons sur la mission éducative est déterminant
pour les actions à entreprendre. Cette mission sert de cadre à
un projet qui refuse toute exclusion, avec les implications que cela comporte
sur le plan de la vie pédagogique comme sur le plan de l'organisation
du système scolaire. Un projet ambitieux certes, mais dont l'ambition
nous semble partagée par la grande majorité de celles et de ceux
qui nous ont aidés à l'élaborer.
Signatures
Robert Bisaillon
Coprésident |
Lucie Demers
Coprésidente |
| Nicolas Bélanger |
André Caillé |
| Gary Caldwell |
Paul Inchauspé |
| Élisabeth Le
|
Bernard Lemaire |
| Maria-Luisa Monreal |
Élise Paré-Tousignant |
| Céline Saint-Pierre |
Majella St-Pierre |
| Stéphanie Vennes |
*
Ce rapport a été adopté par tous les membres de la Commission.
Toutefois, sur quelques points, certains ne partageant pas l'opinion de la majoritè
ont choisi de signifier leur dissidence. Leurs textes figurent à l'annexe
1.
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