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2.3    RESTRUCTURER LES CURRICULUMS DU PRIMAIRE ET DU SECONDAIRE POUR EN REHAUSSER LE NIVEAU CULTUREL

Pour l'essentiel, les curriculums du primaire et du secondaire (c'est-à-dire la façon dont les objectifs de formation sont traduits dans les programmes et la place faite aux différentes disciplines) ont été fixés il y a plus de 15 ans déjà, époque où l'on ne parlait pas de mondialisation des échanges, d'économie sociale ou de navigation sur Internet. Il est clair qu'il est temps de leur faire suivre une cure de rajeunissement pour mieux les accorder aux demandes et aÿux changements sociaux. De plus, la refonte des curriculums permettra de restaurer une certaine cohérence perdue au fil des ans, en partie parce qu'on a trop souvent ajouté un nouveau cours chaque fois qu'un besoin était exprimé. Plusieurs «petites matières» aux objectifs en partie similaires se sont taillé une place dans la grille-matières avec le résultat que tout le monde s'y sent à l'étroit et que les disciplines pouvant servir de fondements à une culture générale solide se sont trouvées singulièrement réduites et saupoudrées en dose homéopathique tout le long du parcours scolaire. Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas de prôner le retour à des apprentissages de base qui se réduiraient à savoir lire, écrire et compter. Il s'agit plutôt de mettre les élèves en contact avec la diversité du patrimoine constitué dans les divers domaines de la culture, avec les productions humaines les plus significatives, et de leur permettre, par un approfondissement progressif des disciplines enseignées, d'acquérir les connaissances de ces différents champs, d'établir des liens entre elles, de développer les habiletés et les attitudes nécessaires à la compréhension et à la maîtrise de leur environnement de même qu'à leur insertion dans un monde en changement en tant qu'êtres créatifs et citoyennes et citoyens responsables. Nous estimons que les curriculums actuels n'ont pas la richesse et l'équilibre suffisants et c'est pourquoi nous proposons de les restructurer pour en rehausser le niveau culturel. De nombreux participants et participantes aux États généraux nous ont rappelé à quel point la maîtrise du français et la connaissance de l'histoire étaient déficientes. Nous sommes également d'avis que des redressements s'imposent sur ce chapitre.

Au-delà des arbitrages qu'il implique sur la place que doit occuper chaque matière dans la grille-horaire, ce renouvellement des curriculums exige un travail de détermination des savoirs essentiels (entendus au sens de savoir, savoir-faire, savoir-être et savoir-vivre-ensemble, selon les termes employés dans le rapport Delors)23 que l'on voudrait voir acquérir par les élèves aux différentes étapes de la scolarité obligatoire. Cela éviterait les changements à la pièce selon les appels de la conjoncture ou les pressions des lobbies disciplinaires. Cette tâche de détermination des profils de formation est déjà passablement avancée dans le rapport Corbo24 . Les participants et participantes aux assises régionales ont d'ailleurs convenu que ce rapport pouvait constituer un bon point de départ à la refonte des curriculums. Prenant appui sur le rapport Corbo, mais en procédant aux réaménagements qu'il nous semble utile de faire et en indiquant la perspective qui nous est propre, nous croyons que les profils de formation devraient s'articuler autour des 6 grands axes suivants:

Les langues

Par la lecture, l'écriture, la parole et l'écoute, l'élève doit acquérir des habiletés de communication dans la langue d'enseignement. Une place privilégiée doit être réservée à celle-ci dans l'horaire de l'élève, mais cette préoccupation doit imprégner toutes les matières et transparaître dans toutes les activités de l'école. Cette compétence est fondamentale, car elle est la base des autres apprentissages et des relations interpersonnelles. Mais elle est plus qu'un simple outil pratique. La langue est, au-delà du code linguistique, un espace de culture, de sensibilité et de pensée. C'est par nos mots que s'exprime notre singularité, c'est par notre langue commune que se forge notre identité collective. Un enseignement qui a pour objectif la maîtrise de la langue maternelle (ou de la langue d'adoption dans le cas des immigrantes et immigrants) doit donc faire connaître son code, ses règles et ses possibilités. Par leur mise en pratique, l'élève progressera dans l'organisation de sa pensée et l'expression de ses sentiments. L'étude des oeuvres littéraires est aussi d'un grand intérêt pour comprendre les mécanismes de la langue, mais plus encore pour découvrir l'être humain, les différentes facettes de ses idées, de ses sentiments, de son évolution, de son époque. L'analyse des oeuvres fournira également à l'élève de multiples occasions d'exercer son esprit critique. Dans une conjoncture d'interdépendance planétaire, l'apprentissage des langues secondes devient incontournable, tant pour son utilité pratique que pour l'ouverture qu'il donne sur d'autres cultures. Il peut d'ailleurs amener l'élève à mieux maîtriser sa propre langue en la comparant à d'autres. L'anglais doit occuper à cet égard une place de choix pour l'élève qui reçoit son enseignement en français.

Le champ de la technologie, de la science et des mathématiques

Le monde actuel est marqué au coin de la science et de la technologie. Des pans entiers de notre existence, hier subis, sont aujourd'hui maîtrisés grâce à l'apport des sciences et des techniques. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication transforment nos façons de penser, de travailler et de communiquer et sont en voie de devenir le passage obligé pour accéder aux savoirs. Si le calcul, l'estimation et la résolution de problèmes sont depuis longtemps des opérations qu'il faut maîtriser dans la vie quotidienne, il devient de plus en plus indispensable de savoir lire et interpréter les données quantitatives sous toutes leurs formes, y compris dans les activités et les professions rattachées aux sciences humaines. L'école doit non seulement permettre à l'élève de se familiariser avec les langages et les méthodes propres à ces disciplines mais aussi lui faire découvrir les relations qu'elles entretiennent avec l'univers social: les conceptions, les pratiques et les produits scientifiques sont des créations humaines qui portent la marque de leur époque et des rapports existant entre les différents groupes sociaux. Le sens à donner à leur développement soulève de nombreuses questions éthiques. Une bonne formation scientifique et technique de base est donc essentielle pour permettre à tout citoyen et à toute citoyenne de participer aux débats démocratiques qui ont cours autour de ces questions.

L'univers social

À une époque de mutation rapide comme celle que nous vivons, l'absence de repères qui permettraient de saisir le sens de l'évolution de la vie sociale peut facilement conduire à un sentiment d'aliénation et à la passivité. L'école doit fournir aux élèves ces repères afin qu'ils puissent comprendre dans ses grandes lignes le fonctionnement de la société, cerner son espace géographique, sa relativité et sa continuité historiques, ses enjeux politiques, ses valeurs, sa diversité. L'école doit également aider les élèves à comprendre la structure de notre société et de ses institutions, leur faire découvrir les racines du présent afin qu'ils puissent se projeter dans l'avenir en tant que citoyens et citoyennes contribuant activement au devenir collectif de notre démocratie. Les cours d'histoire25 , de géographie, de vie économique ou d'éducation civique sont propices à ces apprentissages des réalités sociales, mais les occasions d'engagement de même que les valeurs qui sont véhiculées dans l'école même sont aussi des lieux d'initiation à la vie en société.

Les arts

L'étude et la pratique des arts ouvrent la voie au monde de la sensibilité, de la subjectivité et de la créativité. Les arts témoignent aussi de l'histoire et de l'évolution de l'humanité. Il est nécessaire d'initier les élèves à ces formes de communication et d'expression de soi. Cette initiation se fait par l'apprentissage des principes et techniques de base des disciplines artistiques à l'intérieur de cours mais elle doit se prolonger par la fréquentation des lieux culturels, le contact avec les artistes et par le souci d'organiser une vie artistique intense dans l'établissement scolaire. C'est ainsi que l'on suscitera et stimulera le goût des arts chez les élèves.

Le développement personnel

Le bien-être physique et psychologique n'est pas donné à la naissance une fois pour toutes. Il est essentiel de proposer aux élèves l'acquisition des connaissances et l'adoption des attitudes qui leur permettront d'être bien dans leur peau, de vivre en santé, de découvrir leurs valeurs, d'établir des relations harmonieuses avec les autres, de composer avec les difficultés qu'ils rencontreront dans leur vie personnelle, dans leur cheminement scolaire et professionnel, dans leurs relations familiales ou sociales. Vue sous cet angle, l'éducation physique est une discipline incontournable. D'autres activités ayant pour but la connaissance de soi, le développement de la compétence éthique et le soutien au choix de carrière sont également essentielles. Elles peuvent prendre la forme de cours particuliers, être intégrées dans les objectifs des diverses disciplines, se concrétiser dans les services complémentaires ou encore s'inscrire dans un ensemble organisé d'activités parascolaires.

Les compétences générales

Outre les connaissances propres à chaque discipline, l'école doit faire acquérir à l'élève des compétences plus générales. Il s'agit de connaissances de nature méthodologique. Elles résultent en effet de l'application de méthodes qui permettent la réflexion, l'observation, l'analyse, la synthèse, le raisonnement, le jugement, la recherche et la sélection de l'information, l'organisation de la pensée. Ce sont aussi des attitudes fondamentales qui favorisent les apprentissages tout au long de la vie: le goût d'apprendre, la curiosité, la rigueur, le sens de l'effort, la créativité, l'autonomie intellectuelle, par exemple. Ce sont, enfin, des façons de faire qui facilitent l'accomplissement des tâches et qui sont nécessaires dans les nouvelles situations de travail (par exemple, la recherche de la qualité, le goût du risque et de l'innovation, l'aptitude à travailler en équipe, la capacité de situer son action individuelle dans un ensemble organisationnel plus vaste).

Les compétences attendues des élèves dans ces divers champs du savoir devront être précisées pour chacun des deux cycles du primaire et du secondaire. Il faudra également s'assurer que les profils prévus à la sortie d'un ordre d'enseignement soient ajustés à ceux prévus pour l'entrée de l'ordre d'enseignement suivant. À cet égard, un grand nombre de participants et de participantes ont déploré les problèmes d'harmonisation entre les profils du secondaire et ceux du collégial. Nous sommes également de cet avis. En effet, il n'est pas logique qu'un élève qui a satisfait aux exigences d'obtention du diplôme d'études secondaires ne satisfasse pas aux conditions générales d'admission dans un établissement d'enseignement collégial (ce qui ne dispose pas par ailleurs de la question des exigences propres à certains programmes d'études qui prennent la forme de préalables à l'admission). Dans cet ordre d'idées, nous maintenons que les seuils de réussite fixés doivent être atteints avant le passage à l'ordre d'enseignement suivant afin d'éviter qu'on y consacre trop d'énergie à la mise à niveau des connaissances, compromettant ainsi la réalisation de la mission éducative propre de chaque ordre d'enseignement. Il faudra, en conséquence, prévoir des zones tampons aux points de jonction de deux ordres d'enseignement.

La refonte des curriculums du primaire et du secondaire, qui prendra appui sur les profils de formation établis, devra à notre avis tenir compte des principes suivants: respecter la mission éducative de chaque ordre d'enseignement en prévoyant la nécessaire continuité qui doit exister entre eux; englober les trois finalités éducatives et les quatre types de savoir (savoir, savoir-faire, savoir-être et savoir-vivre-ensemble); garder à l'esprit que la poursuite de la formation commune doit s'étendre jusqu'à la fin de la 3e secondaire et qu'une diversification est souhaitée pour la suite; assurer un équilibre entre les divers domaines de connaissances; prévoir un étalement équilibré de la matière tout au long de la scolarité; considérer les possibilités d'interdisciplinarité et d'intégration des matières; clarifier la contribution d'autres activités que les cours et d'autres lieux d'éducation; associer le personnel scolaire, et en particulier les enseignants et enseignantes, aux choix en matière de refonte du curriculum et à la révision des programmes qui devrait logiquement en découler; établir un calendrier de travail précis tout en se donnant le temps de débattre les questions essentielles et de soumettre les différends à l'arbitrage approprié.

Pour mener à terme ce chantier, nous croyons que le ministère de l'Éducation doit créer une commission multisectorielle chargée de la réforme des curriculums du primaire et du secondaire, composée de personnes venant de différents secteurs de la société et de personnes rattachées aux divers champs disciplinaires de tous les ordres d'enseignement. Celle-ci devra d'abord convenir des grands domaines d'apprentissage à privilégier et des profils qui en découlent pour chacun des deux cycles du primaire et du secondaire. Par la suite, le Ministère, après consultation du milieu scolaire, et en particulier des représentantes et représentants du personnel enseignant, verra à déterminer la place qu'il entend réserver aux disciplines dans le régime pédagogique. Il se souciera des répercussions sur les enseignants et enseignantes en exercice, de même que des ajustements nécessaires en matière de réforme des programmes et de formation et de perfectionnement des maîtres, en prévoyant des mesures qui pourront garantir une transition harmonieuse.

La Commission planifiera ses travaux de telle sorte que la réforme soit mise en oeuvre avant l'an 2000. L'instauration d'un mécanisme permanent de révision, léger, efficace et transparent, devrait aussi être prévue afin d'assurer les mises à jour nécessaires des curriculums.


23.    Rapport à l'Unesco de la Commission internationale sur l'éducation pour le vingt et unième siècle (présidée par Jacques Delors). L'éducation, un trésor est caché dedans, 1996, 312 p. On trouve des propositions relatives aux enseignements primordiaux ou aux connaissances essentielles à maîtriser dans de nombreux rapports de groupes de travail ou de commissions sur l'éducation: Pour l'école. Rapport de la Commission présidée par Roger Fauroux, juin 1996, 300 p.; Livre blanc de la communauté européenne sur l'éducation et la formation «Enseigner et apprendre - Vers la société cognitive», 1995; America 2000 - An Educational Strategy, 1991; Pour l'amour d'apprendre, Rapport de la Commission royale sur l'éducation, Ontario, 1994.

24.    Groupe de travail sur les profils de formation au primaire et au secondaire. Préparer les jeunes au 21e siècle, ministère de l'Éducation, 1994, 45 p.

25.    Des propositions relatives à l'enseignement de l'histoire ont été formulées par le Groupe de travail sur l'enseignement de l'histoire dans son rapport Se souvenir et devenir, 1996. Celles-ci devront être analysées dans le cadre de la restructuration des curriculums du primaire et du secondaire.

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