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Avant de déterminer les contenus globaux de formation du curriculum d'études de l'école primaire et secondaire, nous voudrions préciser l'objet et les limites de ce que nous proposons.

1. PROFILS DE FORMATION, «PROFILS DE SORTIE», CONTENUS GLOBAUX DE FORMATION

Traditionnellement, les contenus de formation sont définis, pour chacune des matières composant la grille-matières, par les spécialistes de ces matières. Or, emprunter cette voie pour réformer un curriculum d'études, c'est se condamner à maintenir le statu quo, chaque discipline ou matière tendant «à persévérer dans son être».

Aussi, les pays qui, ces dernières années, ont entrepris les réformes des curriculums, tentent de définir au préalable les missions, puis de les concrétiser dans les profils de formation attendus au terme des études. Cette manière de procéder est la voie utilisée pour renouveler les curriculums et contourner des approches trop analytiques plus perméables à des intérêts corporatistes. Pour amorcer le renouvellement des curriculums, en 1993, dans le document Faire avancer l'école, la ministre de l'Éducation annonçait son intention d'établir à court terme de tels profils de sortie de formation, de façon ouverte et participative. Quelques mois plus tard, le nouveau ministre de l'Éducation confiait à un comité, dit «comité des sages», le soin d'établir des profils pour les soumettre à la consultation.

Rapidement pourtant, ce comité s'est rendu compte qu'il ne pourrait s'acquitter de son mandat s'il ne décrivait pas à grands traits le monde pour lequel les enfants et les jeunes doivent être formés, s'il ne précisait pas les finalités de l'école dans ce contexte, mais aussi s'il n'établissait pas au préalable, les grands domaines d'apprentissage devant constituer un curriculum d'études. Il retenait six domaines: les compétences méthodologiques, la langue, les mathématiques, l'univers social, la science et la technologie, l'éducation physique et le domaine artistique et il proposait des profils de formation à la sortie du primaire et du secondaire dans chacun de ces domaines (Rapport du Groupe de travail sur les profils de formation du primaire et du secondaire, juin 1994 - Président: Claude Corbo).

Les choix sociaux d'un curriculum d'études se concrétisent d'abord dans la sélection des grands domaines d'apprentissage privilégiés. Comme on l'a vu aux États généraux sur l'éducation, si certains intervenants avaient des difficultés à s'exprimer sur les profils de formation proposés par le rapport Corbo, tous se sentaient à l'aise pour le faire sur les grands domaines d'apprentissage et, plus particulièrement, des participants extérieurs au milieu scolaire. D'ailleurs, ce sont ces interventions qui ont amené les commissaires des États généraux à proposer, pour ces grands domaines d'apprentissage, une configuration autre que celle qui était proposée par le rapport Corbo. Et les variantes ne sont pas innocentes. Déterminer les grands domaines d'apprentissage d'un curriculum est un acte politique. C'est là que se traduisent les choix fondamentaux qu'une société considère comme nécessaires pour la formation des élèves. La seule logique disciplinaire qui existait jusqu'à présent pour déterminer les programmes d'études imposait, en fait, des choix dont personne n'avait voulu la résultante globale.

Mais, déterminer les profils de formation est un exercice plus technique qu'a abordé le rapport Corbo. Nous avons reçu le mandat de valider les profils qu'il a proposés. Le contexte du travail de notre groupe ne nous autorisait qu'une validation limitée. Nous nous sommes adressés aux responsables des programmes du ministère de l'Éducation et au Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec. De façon générale, des profils ont été validés avec quelques corrections. Cependant, nous ne présentons pas ici ces résultats pour deux raisons:

  • si le rapport Corbo incluait déjà quelques-unes des orientations nouvelles que nous proposons dans la détermination des savoirs essentiels, il ne possédait pas tous les éléments du travail qui a été poursuivi depuis, notamment au cours des États généraux sur l'éducation. De plus, il proposait des profils de sortie dans le cadre actuel des cycles du primaire et du secondaire, alors que nous proposons des réaménagements dans les cycles qui auront une incidence dans la détermination des profils de formation. Ce travail est donc à reprendre et à compléter dans les nouvelles perspectives de la réforme du curriculum d'études. Nous remettrons cependant au ministère de l'Éducation tout le travail de validation et celui du début de consolidation que nous avons entrepris;
  • le rapport Corbo a établi les profils de formation pour les concepteurs de programmes. Or, un mouvement existe actuellement dans certains pays pour que les programmes des différentes matières soient formulés sous la forme de compétences à atteindre par les élèves. Et dans ce cas, on parlera plutôt de «profils de sortie» ou de «profils de compétences» ou, mieux de «standards». Nous ne nous prononçons pas sur l'intérêt de formuler ou non ainsi les programmes de chacune des disciplines ou matières. Mais, pour laisser cette possibilité qui présente des avantages, nous pensons qu'il faut éviter la confusion entre les «profils de formation» présentés par le rapport Corbo et les «profils de sortie».

Les fonctions visées par ces deux types de profil sont différentes: la première vise à déterminer les contenus globaux de formation dont on doit s'assurer la maîtrise, ces savoirs essentiels qui serviront de paramètres pour élaborer les programmes d'études, la deuxième à préciser les types de compétences qu'on veut obtenir dans chacune des matières1.

Le sens que l'on veut donner aux études s'explicite de manière plus efficace dans l'énoncé des intentions qui président aux choix des grands domaines d'apprentissage retenus. Aux yeux du grand public, des parents, des enseignants et enseignantes, des élèves, les programmes d'études sont d'abord un ensemble de matières (français, anglais, mathématiques, arts, etc.). Mais on n'a pas alors une vue synthétique de cet ensemble et on ne peut en saisir le sens. Aussi, il nous paraît important d'indiquer de façon synthétique les contenus globaux de formation, c'est-à-dire les grands domaines d'apprentissage dont on doit assurer la présence dans le curriculum et les objectifs généraux de formation qu'on privilégie dans chacun de ces champs. En présentant les choses ainsi, nous nous plaçons dans la même perspective que celle du rapport Corbo. Mais en présentant le contenu des grands domaines d'apprentissage de façon synthétique, nous laissons ouverte la possibilité ultérieure de les traduire sous la forme de «profils de sortie».

2. GRANDS DOMAINES D'APPRENTISSAGE, SAVOIRS ESSENTIELS, SAVOIRS ÉLÉMENTAIRES OU PRIMORDIAUX

Pour définir ce qui doit constituer le curriculum d'études du primaire et du secondaire, les réformes des curriculums en cours utilisent des termes différents ayant parfois des significations analogues ou des termes identiques ayant parfois des significations différentes. Sans entrer dans les débats sur ces questions, nous voudrions donner les deux précisions suivantes:

  • le rapport Corbo parle des «grands domaines d'apprentissage», où des apprentissages essentiels doivent être réalisés, les États généraux sur l'éducation de «savoirs essentiels», le rapport Fauroux (France), de «savoirs fondamentaux», les américains, de core curriculum, le «coeur» du curriculum. Quand nous utilisons l'une ou l'autre de ces expressions, ils ont pour nous une signification analogue;
  • les réformes des curriculums en cours conduisent certains pays à réduire les apprentissages essentiels qui doivent être assurés par l'école à des apprentissages élémentaires. Certains États américains les définissent même dans les lois. Ces apprentissages élémentaires ou «primordiaux» (rapport Fauroux) sont souvent les suivants: savoir lire, écrire, parler, savoir calculer, posséder les connaissances élémentaires concernant les figures, les volumes, les graphiques, comprendre l'organisation de l'espace et du temps, connaître et mettre en pratique les règles d'hygiène, respecter les codes et les valeurs de la vie en groupe et de la citoyenneté.

Les savoirs essentiels que décrivent nos grands domaines d'apprentissage ne se réduisent évidemment pas à ces savoirs élémentaires. Mais, ces savoirs élémentaires, qui sont comme les traces profondes que laisse l'école, doivent être assurés chez tous. Et rechercher la maîtrise de savoirs plus complexes ne doit pas servir d'alibi pour ne pas s'en préoccuper. Aucune raison ne justifie qu'au terme des études, un élève soit encore illettré ou analphabète. C'est d'ailleurs pourquoi tout le monde à l'école doit se préoccuper de ces savoirs élémentaires. Quelle que soit la matière qu'il ou elle enseigne, tout enseignant doit se percevoir comptable de l'exigence et de la vérification de ces savoirs élémentaires.

3. LES SAVOIRS ESSENTIELS DÉFINIS PAR LES GRANDS DOMAINES D'APPRENTISSAGE DE TYPE DISCIPLINAIRE

Ces grands domaines retenus sont ceux proposés dans le rapport final des États généraux sur l'éducation. Ce sont:

  • les langues;
  • le champ de la technologie, de la science et des mathématiques;
  • l'univers social;
  • les arts;
  • le développement personnel.

3.1 Les langues

La langue maternelle (ou langue d'enseignement)

Elle doit être apprise et perfectionnée à l'école, sans doute parce que nous communiquerons mieux en la maîtrisant bien, mais d'abord et essentiellement parce que la langue maternelle (ou la langue d'enseignement) nous met à l'existence. La langue maternelle (ou la langue d'enseignement) n'est pas seulement une langue de communication, elle est un patrimoine qui nous met au jour. On l'apprend pour communiquer, bien sûr, mais on l'apprend surtout pour pouvoir à travers elle se dire à soi-même et atteindre, sinon la création littéraire, du moins cette forme d'expression de la liberté qu'est la pensée personnelle.

On n'apprend pas cette langue pour de simples raisons de communication pratique. L'utilisation de cette langue ne peut donc rester superficielle, réduite à des mots étiquettes ou à des tournures stéréotypées. Elle doit atteindre le degré d'intimité personnelle qu'a pour chacun sa langue maternelle. Aussi, son apprentissage demande du temps, de la maturation et beaucoup d'exercices. Et ainsi, peu à peu, la langue, les mots mûrissent, comme mûrit tout ce qui n'est pas superficiel. Cet apprentissage est une entreprise longue, difficile, car il vise à ce qu'on habite sa langue.

Le type de maîtrise visé dans l'apprentissage de la langue maternelle détermine les orientations de cet apprentissage. Ainsi:

  • il faut faire connaître son code (syntaxique, grammatical), ses règles (ponctuation, exposition ordonnée des idées, etc.), ses richesses (vocabulaire, syntaxe, etc.), ses possibilités (niveaux de langage, figures de style, etc.);
  • cet apprentissage ne peut rester théorique, la mise en pratique doit être systématiquement recherchée. Des compétences en lecture, en écoute, en écriture, en parole doivent être systématiquement développées;
  • l'utilisation de ces compétences doit être exigée dans toutes les matières enseignées à l'école. Il faut s'assurer de la maîtrise de telles compétences, notamment en lecture et en écriture, car ces savoirs sont des clés qui ouvrent à d'autres savoirs;
  • des oeuvres littéraires doivent être étudiées. Parmi toutes les perspectives possibles d'une telle étude, trois d'entre elles doivent être privilégiées: leur étude comme complément à l'étude de la langue car la singularité de l'auteur s'y révèle par le vocabulaire, les images, les tournures syntaxiques, le rythme; leur étude pour leur intérêt humain, pour ce qu'elles révèlent des innombrables facettes des sentiments et des idées de l'être humain; leur étude pour leur intérêt social, pour ce qu'elles révèlent des préoccupations et des goûts d'une époque, d'un pays;
  • la réflexion critique doit être sollicitée et stimulée. Si la qualité essentielle de l'enseignement de la langue maternelle est de conduire l'élève à se dire à lui-même, il faut développer chez lui la pensée critique, réflexive, personnelle.

Pour assurer la formation d'une culture commune, on donnera accès à des textes littéraires diversifiés devenus des références et à des textes de littérature pour la jeunesse. Des listes d'ouvrages seront établies par niveau de classe ou par cycle.

L'apprentissage de la lecture et de l'écriture ne peut se réduire à celui de l'écrit. Il faut aussi faire connaître et pratiquer les codes de lecture de l'image.

La langue seconde et les langues tierces

L'anglais doit être la langue seconde pour ceux dont la langue d'enseignement est le français et le français pour ceux dont la langue d'enseignement est l'anglais. Les raisons historiques et géographiques sont suffisantes, à elles seules, pour le justifier.

La raison qui fonde la nécessité d'apprendre le français pour les anglophones (le français est la langue officielle du Québec) et la nécessité d'apprendre l'anglais pour les francophones (la situation du Québec au Canada et en Amérique du Nord) demande que l'apprentissage de ces langues débute très tôt à l'école afin qu'elles soient maîtrisées suffisamment au terme des études.

La multiplicité des langues est l'expression de la diversité culturelle de l'humanité. Les phénomènes de globalisation et de communication universelle rendent davantage nécessaire l'étude d'une troisième langue au moins à l'école secondaire. De plus, les pays dont la langue maternelle n'est pas l'anglais favorisent aussi l'étude d'une troisième langue pour permettre de contenir l'instauration de l'anglais comme seule, lingua franca.

L'étude d'autres langues permet d'acquérir une meilleure maîtrise de sa propre langue en la confrontant aux autres. L'exercice de la traduction éclaire la portée des formes grammaticales ou le sens précis des expressions de sa propre langue maternelle. L'étude des langues secondes ne peut donc se réduire à leur utilisation pratique.

L'approche culturelle ne doit pas être négligée dans l'apprentissage des langues. Leur étude doit permettre une connaissance de certains éléments de leur patrimoine culturel, ainsi que celle de leurs zones d'influence et la découverte des spécificités culturelles de la vie quotidienne des pays ou des contrées où elles sont parlées.

3.2 Le champ de la technologie, des sciences et des mathématiques

La technologie

La technologie est désormais une réalité importante dans nos vies. La technologie, ce n'est pas seulement des outils ou même des machines inventées par les hommes, c'est l'ensemble des moyens inventés et utilisés pour produire ce qui est nécessaire à leur survie et à leur confort (non seulement le métier à tisser ou le levier mais aussi le médicament ou le textile).

Des pans entiers de l'existence, hier subis, dépendent, grâce aux innovations technologiques, de décisions volontaires et rationnelles (moyens anticonceptionnels et procréation, vaccins et maladie, fusée et gravitation, etc.). Le développement technique est partout. L'élève doit être introduit à ce monde qui est désormais notre monde.

Les manières de le faire sont variables. On peut viser à faire construire des objets ou des montages (travail d'atelier), ou montrer l'importance des techniques dans la production économique des hommes (histoire), ou montrer qu'elles sont des applications des découvertes scientifiques (science appliquée), ou initier les élèves à certaines formes avancées de technologie (ordinateur, télématique). Ces quatre manières d'introduire à l'univers technique sont nécessaires. Les trois dernières doivent faire partie du curriculum commun.

Les problématiques sociales et éthiques posées par l'utilisation des technologies, en particulier par les technologies qui concernent la vie ou qui ont une incidence sur elle, doivent être abordées.

Les sciences

L'activité scientifique et les réalisations de cette activité sont une des manifestations les plus significatives des productions culturelles des hommes. Aussi, l'enseignement des sciences devra:

  • initier les élèves aux démarches d'esprit propres à la science: le questionnement, l'observation méthodique, le tâtonnement expérimental, la vérification expérimentale, la construction de modèles. L'attention doit être portée non seulement sur ce qu'est la nature mais aussi sur la manière dont se constitue l'explication de la nature. Cette initiation à la manière dont se constitue la science doit se faire en suscitant l'activité de recherche de l'élève;
  • replacer les découvertes scientifiques dans leur contexte social. Sans transformer les cours de sciences en cours d'histoire des sciences, il faut montrer, à partir d'exemples historiques, le processus vivant de la science en action;
  • donner un bagage de connaissances scientifiques. La détermination des connaissances scientifiques qui doivent être transmises à l'école n'est pas une chose simple. Face à l'importance de la formation scientifique, des normes internationales tendent à s'établir. Mais il nous semble que deux critères doivent servir à les déterminer: la préoccupation de l'insertion sociale des élèves, et alors les connaissances choisies doivent être liées à l'état du présent, et la préoccupation de leur formation continue car ils ne pourront profiter de l'information scientifique et technique s'ils ne disposent pas, au préalable, d'une base de connaissances scolaires solides.

De plus, pour comprendre les développements de la technologie de l'époque moderne, il faut faire le détour par la science. L'esprit est le prolongement des mains et l'invention de l'outil a souvent précédé dans l'histoire celle de la science. L'habileté à faire quelque chose ne découlait pas d'une théorie mais était d'abord une manière de se comporter avec les choses. Cette situation a changé: l'habileté à faire une chose est améliorée par les connaissances scientifiques et, si les objets techniques sont efficaces, c'est qu'ils sont des applications de phénomènes physiques, chimiques ou biologiques. Désormais, technologies et sciences sont liées. On ne peut comprendre le monde qui se met en place et y vivre à l'aise sans connaissances scientifiques.

L'importance des problèmes éthiques posés par les développements scientifiques et techniques actuels renforce la nécessité de l'acquisition de connaissances scientifiques. Pour être tranchées selon les règles de la démocratie, des questions comme celles des manipulations génétiques, des nouvelles approches de la procréation, de la protection de l'environnement, etc. demandent débats et votes. Or, comment comprendre les problèmes en cause, les implications sociales des débats d'experts et éviter d'être manipulé quand on est appelé à décider, si on n'a pas un minimum de culture scientifique et technique?

Les mathématiques

La science moderne a commencé quand aux impressions qualitatives ont été substituées des mesures quantitatives. Depuis lors, on est en présence de la généralisation du traitement mathématique du réel et les objets de la science échappent de moins en moins à un traitement mathématique. Cette extension de l'introduction de la mesure dans de nouveaux domaines a conduit les hommes à mettre au point de nouveaux modes de calcul: calcul algébrique, calcul intégral, statistiques, etc. De nos jours encore, la numérisation, des caractères, des images bouleverse nos sociétés. Désormais, sans mathématiques, des pans entiers de l'univers deviennent incompréhensibles. Il faut donc connaître et savoir utiliser ces modes de calcul.

La généralisation de l'utilisation de l'outil mathématique ne s'est pas faite seulement dans le domaine des sciences, c'est notre environnement journalier tout entier qui requiert l'utilisation du langage mathématique. Calculer, mesurer, estimer, résoudre des problèmes sont des opérations de la vie quotidienne de la vie en société.

De plus, pour comprendre un graphique ou des statistiques, il est essentiel de savoir lire et interpréter les données quantitatives sous toutes leurs formes. L'utilisation du nombre et du symbolisme mathématique est permanente dans la société actuelle. Pour atteindre l'aisance dans les situations qui font appel à l'utilisation du nombre, l'élève doit bien maîtriser le langage mathématique. Et il doit être capable de savoir anticiper l'ordre de grandeur d'un résultat par une estimation, même, et surtout, quand il se sert d'une calculatrice. Certains savoirs mathématiques sont des savoirs élémentaires comme le sont aussi la lecture et l'écriture. L'utilisation correcte de ces compétences élémentaires doit être exigée dans toutes les matières quand elles font appel à l'utilisation du nombre.

La maîtrise des mathématiques a ses exigences propres. Il ne suffit pas de comprendre les notions, il faut savoir effectuer des opérations (mettre en fonction, prouver une inégalité, résoudre un problème, etc.). Plus que d'autres matières, les mathématiques sont de l'ordre des savoirs-faire intellectuels. On développe ces savoirs-faire en les appliquant à des cas de plus en plus complexes. Deux de ces savoirs-faire doivent être particulièrement développés: les procédures de résolution de problèmes et les procédures de la preuve et de la démonstration.

Cette exigence de l'enseignement des mathématiques a des limites. Elle peut privilégier de façon excessive le formalisme des mathématiques et occulter les problèmes concrets, les situations dont les synthèses théoriques ne sont que l'aboutissement. Aussi, la dimension culturelle des mathématiques doit faire partie de son étude. Certains moments de l'aventure intellectuelle de développement des mathématiques doivent être connus.

3.3 L'univers social

L'insertion de l'élève dans le monde social actuel ne peut être réussie que si elle a été préparée. Si l'élève n'a pas pris conscience de la complexité des hommes, s'il n'a pas survolé son époque, s'il n'a pas développé son sens critique, il ne pourra que s'intégrer, et seulement de façon conformiste, au milieu qui est le sien. Aussi, à l'école, il faut outiller les élèves pour leur permettre de vivre en êtres humains dans une société d'autant plus complexe qu'elle est plus humaine.

L'évolution des sociétés (passage de la société traditionnelle à la société industrielle, de la société rurale à la société urbaine, du totalitarisme à la démocratie, de la communauté nationale à la communauté mondiale, d'une économie autarcique à une économie d'échanges, etc.) s'est traduite par une complexification croissante des formes et du fonctionnement des organisations sociales. Or, nous entrons dans une période où les changements s'intensifient encore (dérégulation des marchés financiers, des activités industrielles et commerciales, intensification de la communication universelle en temps réel, généralisation des mouvements migratoires, etc.), aussi, le sentiment d'aliénation engendré par une complexité non maîtrisée parce que non comprise risque d'être augmenté. L'enseignement des sciences humaines doit donc rendre l'élève libre par rapport à cet environnement, en le lui faisant comprendre pour lui permettre d'y mieux agir.

Pour que cet enseignement produise ses effets, il doit:

  • comporter des connaissances qui permettent d'intégrer le sens de son histoire nationale;
  • comporter des connaissances qui permettent de comprendre, dans ses grandes lignes, le fonctionnement de la société dans les domaines économiques, géographiques, sociaux, politiques;
  • aider à comprendre la mise en place de cette société et de ses institutions. Une attention particulière devra être consacrée aux institutions politiques (formation du citoyen);
  • aider à comprendre les réalités qui constituent l'homme comme être social. L'homme est un être civilisé, il manifeste en lui l'influence de la civilisation. Arts, cultures, religions, modes de vie et de travail, identités nationales, institutions, ce sont les formes multiples que prend la vie humaine en société;
  • aider à comprendre des relations entre la géographie, l'économie, l'histoire, les modes de vie, la démographie;
  • développer le sens de l'histoire: faire découvrir les racines du présent pour permettre à l'élève de savoir d'où il vient, faire connaître les conditions qui ont présidé à la naissance et au développement des institutions et des réalisations humaines pour faire découvrir qu'elles ne sont pas naturelles, qu'elles ont été voulues par les hommes et que d'autres changements viendront, lesquels dépendent de notre initiative;
  • ouvrir à l'histoire du monde. Si l'histoire nationale doit constituer la trame de cet enseignement, il doit aussi faire place à l'histoire des pays ou des contrées avec lesquels nous avons été et sommes en relations; civilisations gréco-romaine et judéo-chrétienne, civilisations amérindiennes, Europe, États-Unis, et, plus près de notre époque, le monde.

Les apprentissages ici visés concernent certes les sciences humaines, et en particulier l'histoire, mais aussi la littérature, les arts, les techniques, les sciences et même les langues étrangères dont on ne doit pas négliger l'apport culturel.

Les principaux repères chronologiques de l'histoire du monde et de l'histoire nationale ainsi que les principaux repères spatiaux du monde doivent être bien maîtrisés, donc mémorisés. Ce sont, là encore, des savoirs élémentaires comme ceux de la lecture, de l'écriture et du calcul. Pour permettre l'appropriation structurée et cohérente d'une culture, l'acquisition de ces repères devra être vérifiée périodiquement, leur utilisation correcte devra être exigée dans tous les matières quand elles y font appel.

3.4 Les arts

Le monde de l'art est le monde de la sensibilité et de la subjectivité. Ouvrir les élèves à ce monde est libérateur, car comment vivre en harmonie avec soi-même dans un monde qui est celui de la sensibilité, sans tenir compte de la sensibilité elle-même et comment découvrir sa sensibilité propre et la richesse des sensibilités différentes, si on n'est pas initié aux expressions les plus puissantes de cette sensibilité, celles de la peinture, de la musique, de l'architecture, de la danse, du théâtre?

L'enseignement des arts joue un rôle particulier dans le développement de la sensibilité et de l'intelligence de l'élève ainsi que dans sa formation culturelle et sociale. En donnant le goût de la création artistique, en faisant découvrir les oeuvres dans leur diversité, il développe chez l'élève l'ouverture. En donnant des références communes, il contribue à renforcer le lien social.

Pour que cet enseignement produise ses effets, il doit:

  • conduire les élèves à la création artistique. Il doit les initier aux langages et aux formes de pensée qui permettront la création et leur donner des connaissances que suppose une telle pratique. La création artistique par les élèves doit être le pivot central de cet enseignement;
  • mettre en contact les élèves avec des créations et des oeuvres de leur milieu artistique et culturel actuel. Il doit donc conduire les élèves à la fréquentation des lieux culturels et à des rencontres avec les créateurs;
  • mettre en contact les élèves avec les créations artistiques du patrimoine culturel de l'humanité et de leur propre pays et leur donner les connaissances qui permettent de les interpréter et de les comprendre.

Cette démarche d'articulation entre la pratique et les oeuvres anciennes ou contemporaines fonde l'éducation artistique de l'élève et développe sa culture. Les oeuvres ou les créations présentées pour donner sens aux travaux des élèves doivent être les plus significatives, c'est-à-dire celles qui sont reconnues du point de vue de leur valeur artistique et de l'intérêt qu'elles présentent dans les transformations de la société et de la pensée. Dans la présentation de ces oeuvres, ce n'est pas le nombre qui importe, mais leur variété selon les époques, les mouvements, les auteurs, car il faut faire comprendre que la pluralité et la diversité sont à la base de toute culture artistique.

L'enseignement des arts doit s'ouvrir à toutes les formes d'expression artistique, mais deux d'entre elles doivent constituer l'enseignement de base commun: les arts plastiques et la musique.

3.5 Le développement personnel

Toutes les activités qui se tiennent dans une école tendent vers le développement personnel de l'élève. Il n'y a pas de zone protégée du développement personnel de l'élève.

Aux activités proposées jusqu'à présent dans le curriculum, il faut cependant ajouter, pour parfaire le développement de la personne, la préoccupation de la bonne condition physique. Hygiène, sport, connaissance des fonctions physiologiques, diététique, discipline d'alternances entre le travail et la détente sont à intégrer très tôt dans les habitudes de vie. Il s'agit là encore de savoirs élémentaires, tout comme la lecture, l'écriture, le calcul, la connaissance des principaux repères chronologiques et spatiaux. Tout le monde à l'école doit s'en préoccuper.

Pour parfaire le développement de la personne, il faut aussi ajouter la préoccupation de la découverte des valeurs. Mais cette découverte ne peut s'accommoder de n'importe quelle méthode:

  • l'adhésion libre aux valeurs doit être sollicitée, ce qui exclut leur enseignement autoritaire. La découverte des valeurs ne se fait pas d'abord sur le mode de l'enseignement mais sur le mode de l'expérience. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas explicitement les promouvoir, mais que leur enseignement est inefficace si les valeurs promues ne sont pas aussi mises en pratique dans et par la communauté qu'est l'école;
  • la découverte des valeurs ne peut se réduire à les inculquer. Dans les sociétés pluralistes, les discours sur les valeurs sont discordants, les repères éthiques affaiblis. Il faut donc préparer les élèves à faire face à cette situation en développant chez eux le jugement moral, c'est-à-dire la capacité d'agir dans des situations personnelles ou collectives en fonction de valeurs;
  • la préoccupation de la découverte des valeurs est principalement confiée dans le curriculum d'études à certaines matières (enseignement moral, enseignement moral et religieux, formation personnelle et sociale,etc.). Mais, cette préoccupation ne concerne pas ces seules matières. Cette question des valeurs se pose aussi en littérature, en sciences, en techniques, dans les disciplines de l'univers social. Les buts visés pour assurer le développement de la personne, par la découverte des valeurs, ne requièrent pas nécessairement qu'on leur réserve des places particulières dans le curriculum d'études. En effet, la découverte des valeurs peut très bien se faire dans le contexte d'acquisition de compétences transversales à l'intérieur de différentes matières ou disciplines ou même par des activités se déroulant à l'école. Cependant, dans le mandat que nous avons reçu, l'espace propre de l'enseignement moral et religieux et, par conséquent, celui de l'enseignement moral doivent être maintenus.

4. LES SAVOIRS ESSENTIELS DANS LE DOMAINE DES COMPÉTENCES TRANSVERSALES

Le rapport Corbo avait inclus, dans les grands domaines d'apprentissage qui doivent constituer les savoirs essentiels d'un curriculum d'études, des compétences générales. Ces compétences étaient appelées générales parce qu'elles étaient formelles. Elles étaient liées essentiellement à des méthodes et à des savoirs-faire intellectuels. Le rapport final des États généraux sur l'éducation a, lui aussi, retenu ces mêmes compétences générales. Mais, aux compétences de type intellectuel, il a ajouté des compétences liées à des attitudes et à des valeurs.

Quant à nous, nous proposons plutôt le terme de compétences transversales, pour bien montrer que leur développement doit se faire à travers les apprentissages des différentes matières, et que ce développement est l'affaire de tous, de tous les enseignants et enseignantes, mais aussi de l'école tout entière, et qu'il peut inspirer le projet éducatif et la mise en place d'activités extrascolaires.

Pour donner suite aux attentes, voici les compétences transversales que nous avons retenues et qui devraient constituer le programme des programmes à l'école:

  • les compétences intellectuelles;
  • les compétences méthodologiques;
  • les compétences liées à la socialisation;
  • les compétences dans le domaine de la langue.

Elles seront précisées au chapitre suivant et à l'annexe 3.


1. Pour illustrer ce que peut être une formulation du programme d'une matière selon la forme de «profils de sortie», voici comment le programme d'Arts est présenté en Californie (California Department of Education. Model Curriculum Standards Grades. Nine Through Twelve. Visual and Performing Arts (1991)).

On indique d'abord les principes devant servir de pierre angulaire aux objectifs. Ce sont les suivants :

  • les arts enseignent aux élèves un tronc commun de connaissances;
  • les arts lient les élèves à leur héritage culturel;
  • les arts développent et affinent la sensibilité des élèves;
  • les arts permettent aux élèves d'exprimer leur créativité.

On indique ensuite pour chaque principe les «profils de sortie». Ainsi, pour le premier principe les arts enseignent un tronc commun de connaissances, on propose les cinq «profils de sortie» suivants :

  • les élèves apprennent que les événements sociaux, politiques, économiques et technologiques ont influencé le développement des styles artistiques;
  • les élèves apprennent que les arts fournissent des formes de communication non verbale;
  • les élèves ont un aperçu de la façon dont les arts ont été utilisés pour exprimer des concepts universels;
  • les élèves prennent connaissance de différents styles en danse, en théâtre, en musique et en arts visuels dans les civilisations occidentales et non occidentales;
  • les élèves apprennent que les arts mettent en valeur et renforcent les concepts et les idées dans d'autres domaines.

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