C'est le ministre de l'Éducation
qui, pour l'éducation préscolaire et pour l'enseignement primaire et secondaire,
établit les programmes d'études pour les matières obligatoires et pour les
matières à option qui figurent dans une liste qu'il établit (article 461 de
la Loi sur l'instruction publique).
Les commissions scolaires
peuvent élaborer et offrir des programmes d'études locaux pour des matières
à option qui ne figurent pas dans la liste établie par le ministre. Et le
ministre peut les autoriser à attribuer à ces matières à option un nombre
d'unités supérieur à celui prévu dans le régime pédagogique.
Les programmes établis
par le ministre comprennent des objectifs et un contenu obligatoires et peuvent
comprendre des objectifs et un contenu enrichis ou adaptés selon les besoins
des élèves.
Les comités confessionnels
du Conseil supérieur de l'éducation approuvent les programmes d'études, les
guides pédagogiques et les manuels scolaires destinés au cours d'enseignement
moral et religieux, catholique ou protestant (article 22 de la Loi sur le
Conseil supérieur de l'éducation).
Les comités confessionnels
peuvent aussi donner au ministre un avis, sur le plan moral et religieux,
sur les programmes et les manuels scolaires qu'il adopte ou approuve pour
l'enseignement autre que l'enseignement moral et religieux, catholique ou
protestant. Le ministre est tenu de leur transmettre les documents au moins
60 jours avant leur adoption ou leur approbation (article 23).
| 1.2 |
Qui
élabore les programmes d'études? |
Le processus d'élaboration
des programmes est inspiré par les principes énoncés dans L'École québécoise
- Énoncé de politique et plan d'action. Il fait appel à «la consultation
et la participation du milieu aux étapes majeures des processus».
Pour chaque programme,
un comité consultatif est constitué pour orienter l'élaboration du programme
assurée par un ou une responsable du Ministère. Ce comité réunit des personnes
issues des associations représentatives ou des milieux aptes à fournir une
expertise éclairée. Ce comité consultatif participe à l'établissement des
orientations générales du programme. Les auteurs soumettent aussi leur projet
au milieu, à l'occasion de sessions ou de congrès pédagogiques d'associations.
Une fois le programme approuvé par le ministre, des activités d'information
et de sensibilisation ont lieu.
Les programmes d'études
édictés par le ministre ont été soumis à une évaluation. En effet, de 1984
à 1995, les programmes d'études ont été soumis à un processus relativement
complexe d'évaluation: inventaire des étapes d'implantation et des conditions
de mise en oeuvre des programmes, enquêtes visant à évaluer l'atteinte des
objectifs auprès de diverses catégories de personnes: cadres, directeurs d'écoles,
conseillers pédagogiques, enseignants, échantillons représentatifs d'élèves.
Plus de 25 programmes
ont été ainsi évalués. Dans quelques cas, les données recueillies ont servi
pour entreprendre des révisions. Le plus souvent, les conclusions des évaluations
ont rarement conduit à une révision prompte et complète d'un programme, même
quand cela se révélait nécessaire. Il semble que les raisons de cette inaction
aient tenu non seulement à la réduction des ressources consacrées à cette
fin au Ministère, mais aussi à la complexité même du processus d'élaboration
des programmes et à la difficulté de les changer à la pièce, alors que les
modifications nécessaires exigeaient des approches plus organiques.
| 1.3 |
Quel
est le format de présentation des programmes d'études? |
Il a évolué dans le temps.
Mais la connaissance des quatre principales étapes de cette évolution est
indispensable pour porter un jugement sur la valeur et les limites des différentes
formules.
| a) |
Avant
la création du ministère de l'Éducation, les programmes établis par le
Département de l'Instruction publique présentaient les contenus essentiels
de ce qui s'enseignait à l'école primaire et secondaire sous la forme classique
d'un annuaire indiquant les matières enseignées, le temps qui devait leur
être consacré et les notions qui devraient être maîtrisées. |
| |
|
| b) |
De
1968 à 1971, les programmes établis sont présentés dans un nouveau format:
les programmes-cadres. Des indications très générales décrivent les orientations
et les contenus ne sont presque pas définis. Les programmes-cadres sont brefs
- celui de l'enseignement du français pour le primaire et le secondaire n'a
que huit pages - et beaucoup de latitude est laissée à l'enseignant non seulement
pour la détermination des méthodes pédagogiques mais aussi pour celle des
contenus.
Les programmes-cadres
du Ministère devaient être complétés par les programmes institutionnels
de chaque commission scolaire. Pour les aider dans cette tâche, le Ministère
offrait les services d'agents de développement pédagogique. Mais, explicitement,
«une grande partie de l'initiative et de la responsabilité de faire évoluer
les programmes incombait aux enseignants et à la direction de chaque commission
scolaire». Les programmes-cadre ont été critiqués et on en a fait les boucs
émissaires des ratés de la réforme de l'éducation.
|
| c) |
Dans
la seconde moitié des années 70, le Livre vert sur l'enseignement primaire
et secondaire au Québec, publié en 1977 par le ministre Jacques-Yvan
Morin, constate qu'une telle manière de déterminer les programmes, même si
elle est bien intentionnée, a comme conséquence l'absence de contenus précis
et d'objectifs clairs, «un grand nombre d'enseignants et de parents se plaignent
de ne pas disposer de programmes qui détermineraient de façon satisfaisante[...]
des objectifs terminaux précis et des contenus bien gradués».
En 1979, le gouvernement
publie le document de réforme intitulé L'École québécoise - Énoncé de
politique et plan d'action. Dans un de ses chapitres, ce document annonce
une transformation de la manière dont seront établis et présentés les programmes
d'études. Le Ministère préparera des programmes plus précis, comportant
des contenus essentiels obligatoires et des contenus indicatifs. Pour élaborer
ces programmes, il s'appuiera sur la participation des enseignants, des
conseillers pédagogiques et des associations professionnelles.
De 1980 à 1993, les
programmes sont établis selon un cadre d'élaboration des programmes d'études
et devaient présenter les éléments suivants:
- l'introduction: justification,
relations diverses, élèves visés, etc.;
- les orientations
générales: principes directeurs, fondements divers;
- la description du
contenu: objectif global, objectifs généraux, objectifs terminaux, objectifs
intermédiaires, contenus notionnels;
- l'approche évaluative
privilégiée;
- l'identification
de certains facteurs particuliers: préalables, temps normalement nécessaire;
- les références bibliographiques.
Tous les programmes
d'études ont été élaborés de telle façon qu'ils puissent être formulés dans
ce format prédéfini. Et dans les faits, certains des éléments de ce cadre
de présentation ont eu des effets structurants entraînant les dérives suivantes:
- les contenus des
programmes devaient être établis pour occuper 75 p. 100 du temps indicatif
alloué par le régime pédagogique, de façon à laisser une marge de manoeuvre
pour l'adaptation, l'enrichissement, la consolidation. Dans les faits,
la logique de détermination de la cascade d'objectifs a conduit à négliger
cette consigne. L'explicitation de toutes les étapes à parcourir prend
le pas sur tout le reste;
- les objectifs terminaux
devaient traduire les résultats attendus de l'apprentissage. Ils devaient
donc être les seuls obligatoires. Mais, dans les faits, des objectifs
intermédiaires de certains programmes furent rendus obligatoires et, sur
le terrain, l'attention a été largement portée sur les objectifs intermédiaires
parce que certaines approches évaluatives se sont rattachées davantage
à ces objectifs;
- la présentation trop
détaillée des programmes et la détermination des séries de types d'objectifs
différents ont conduit à la préoccupation d'en évaluer l'atteinte de façon
systématique et à l'avènement des experts en taxonomie et docimologie.
La documentation du ministère de l'Éducation pour la présentation des
programmes ne contenait généralement pas une vue synthétique sur «ce qui
s'enseigne» et sur «ce qui doit s'enseigner». Au point, qu'il n'est plus
possible, à partir de tels documents, de connaître les savoirs essentiels
que transmet l'école, sans parcourir chaque programme d'études un à un,
ce qui peut représenter la lecture de milliers de page;
- les manuels doivent
être conformes aux programmes. Mais une telle présentation détaillée des
programmes, en terme de processus, fait en sorte que les manuels, pour
être approuvés, s'appuient sur les démarches proposées, renforçant encore
l'aspect prescriptif de la mise en oeuvre déterminée par les programmes
d'études. Ce qui, notamment, compliquera la tâche des écoles anglophones
qui, ne pouvant compter sur une production locale suffisante de manuels
en anglais, se trouvent en porte-à-faux quand elles utilisent des manuels
obéissant à une logique de détermination ne correspondant pas à celle
des programmes d'études établis au Québec, alors que l'évaluation ministérielle
porte, elle, sur le programme tel qu'il a été établi;
- le filet se resserre
encore plus autour de l'enseignant et de l'enseignante quand manuels et
cahiers d'exercices sont conçus de façon telle que l'usage de l'un implique
celui de l'autre.
|
| d) |
À
l'automne 1993, le document Faire avancer l'école invitait à
revoir certaines règles qui encadrent l'activité pédagogique à l'école. Une
de ces règles concernait les programmes d'études: «L'école est embarrassée.
Embarrassée par trop d'objectifs, de programmes[...] objectifs nombreux et
ambitieux». On y énonçait que «les éducateurs et les éducatrices doivent retrouver
une plus grande maîtrise des aspects fondamentaux de la vie scolaire que sont
les contenus et les méthodes d'enseignement». Et on y annonçait que, dorénavant,
«le Ministère viserait à produire des programmes moins englobants, qui se
concentreraient sur des compétences à acquérir et les contenus à enseigner».
En novembre 1993, au
Congrès annuel de l'Association québécoise des professeurs de français,
la ministre explicitait davantage l'approche qui serait désormais privilégiée
par le Ministère:
- réaffirmation de
la responsabilité de l'État de fixer les grands objectifs des programmes;
- affirmation de la
responsabilité des enseignants et des enseignantes à l'égard de la pratique
quotidienne dans la classe. Le Ministère n'a pas à être un pédagogue;
- abandon de l'idée
d'une refonte globale des programmes, au profit d'une démarche visant
à préciser les exigences de chacun des cycles afin de dégager les éléments
essentiels;
- accent mis sur l'allégement
et le rééquilibrage des programmes d'études;
- élimination des programmes
d'études de la détermination des approches pédagogiques;
- distance à prendre
par rapport aux complexes typologies d'objectifs.
|
| Les programmes
révisés de français du primaire (1993) et du secondaire (1995), de même que
les derniers programmes de mathématiques du secondaire sont présentés selon
une facture qui découle de ces principes. |
| 2. |
LES
CHANGEMENTS À APPORTER AU MODE D'ÉTABLISSEMENT DES PROGRAMMES D'ÉTUDES |
Le système d'établissement
des programmes d'études est un des éléments les plus sensibles du curriculum.
Il a un effet structurant important sur le curriculum réel effectif, celui
qui se déroule dans la classe. Le système actuel doit être corrigé, tout le
monde en convient. Mais ces corrections doivent porter sur les éléments qui
produisent les effets non désirés. Or, ce survol historique de l'établissement
des programmes d'études est éclairant, il révèle quels sont ces éléments.
Ils sont au nombre de trois:
- le mode de présentation
des programmes. Le format prescrit pour rédiger les programmes d'études
a une influence déterminante sur leur mise en oeuvre concrète dans les classes.
Et donc sur la nature et la qualité de l'enseignement. Si les programmes-cadres
permettaient la créativité, ils pouvaient aussi causer le laisser-faire
et l'abaissement des standards. Si les programmes formulés de façon hyperspécialisée
permettent de maintenir des normes, ils empêchent l'adaptation, freinent
l'innovation pédagogique et tendent à transformer les enseignants et les
enseignantes en techniciens applicateurs de démarches établies et seulement
soucieux de ces normes;
- l'importance des fonctions
de pilotage, de coordination et de contrôle. Quand ces fonctions sont mal
remplies, le système mis en place produit des dérives. L'accumulation des
dérives peut même entraîner des blocages, des noeuds de structure d'action,
difficiles à dénouer et à contrôler. Deux de ces noeuds sont particulièrement
présents dans le système actuel. L'intervention prédominante des experts
de la mise en oeuvre de programmes, au moment de leur élaboration, peut
rendre trop étroit le cercle des concepteurs, des conseillers pédagogiques
et des associations professionnelles, et même, à l'occasion, des éditeurs
de manuels scolaires, ce qui ne favorise pas l'ouverture et la transparence
qui seraient pourtant requises dans ce domaine crucial du curriculum. Cela
rend impossible, dans la plupart des cas, l'intervention réelle du Ministère
dans le processus. La prise en considération de l'évaluation, au moment
même de l'élaboration des programmes, renforce, elle, un lien particulier
entre la formulation des objectifs et la formulation des questions, objets
d'évaluation. Les objectifs sont d'autant plus précisés, de façon très pointue,
qu'il est tentant de se sentir obligé de les évaluer selon des méthodes
assurant la fiabilité des résultats. Et, réciproquement, la recherche de
la fiabilité des résultats conduit à privilégier, en évaluation, les questions
fermées à choix multiples et commande pour le faire une détermination hyperprécise
d'objectifs intermédiaires. La spirale de cette structure d'action peut
même entraîner la dérive où on n'enseigne que ce qui est évaluable selon
ce type d'évaluation;
- la nécessité d'assurer
une place aux acteurs les plus importants. Les acteurs qui interviennent
actuellement dans l'établissement des programmes sont essentiellement les
associations professionnelles et les conseillers et conseillères pédagogiques.
Les enseignants et les enseignantes du terrain ont peu de place dans cette
opération. Ils sont considérés comme des applicateurs. Lorsque le programme
est établi, des séances d'information visent à en faire des applicateurs
efficaces. On a tendance à croire que l'implantation du programme engendrera
un changement dans la classe. Or, il n'en est pas nécessairement ainsi:
un professionnel applique rarement efficacement un changement dont il n'est
pas partie prenante.
Quant au Ministère, il
est présent dans le processus d'élaboration, mais a cherché, dans le temps,
des modes plus appropriés d'intervention. Dans les années 70, par les programmes-cadres,
il se contentait de donner des indications générales et se plaçait en position
d'aide pour les commissions scolaires. Au début des années 80, il est devenu
le maître d'oeuvre de l'élaboration et de la mise en oeuvre des programmes.
Par son appareil bureaucratique, il s'est voulu pédagogue en s'appuyant sur
des experts. Durant ces deux décennies, l'intervention réelle du ministre
est peu présente. Les interventions politiques se font sous la poussée de
l'opinion publique et de la critique médiatique, et on a rarement considéré
les avis sur les programmes donnés par le Conseil supérieur de l'éducation.
Depuis 1993, l'instance politique intervient plus directement afin de faire
établir ce que l'école primaire et secondaire doit donner à tous les enfants:
intervention concernant le programme de français, Groupe de travail sur les
profils de formation du primaire et du secondaire, États généraux sur l'éducation,
création du Groupe de travail sur la réforme du curriculum.
Ces leçons, tirées du
passé, doivent nous guider dans la détermination de ce qu'il convient de faire
pour réformer le système actuel d'établissement des programmes. Les corrections
doivent porter sur trois points:
- les formats de présentation
des programmes d'études;
- les mécanismes de supervision,
de coordination et de contrôle des activités d'établissement des programmes
d'études;
- le rôle des enseignants
et des enseignantes dans l'élaboration et la mise en oeuvre des programmes
d'études.
| 2.1 |
Les
formats de présentation des programmes d'études |
L'examen de la pratique
des 30 dernières années nous montre que le format de présentation des programmes
d'études a une influence déterminante sur leur mise en oeuvre. Il conditionne
la manière dont l'enseignant agit dans la classe. Aussi, le format du programme
officiel actuel doit être transformé. Les éléments de mise en oeuvre, sous
forme de détermination d'objectifs et de sous-objectifs très spécifiques,
ne doivent plus figurer dans un tel document.
Le programme officiel
des différentes matières
C'est le texte officiel,
adopté par le ministre, qui doit servir de référence nationale. La fonction
même de ce texte et les changements que nous voulons introduire dans la pratique
actuelle des curriculums effectifs dans la classe, dictent les éléments que
doivent contenir les énoncés officiels des programmes.
Le programme officiel
de chacune des matières, pour chacune des étapes annuelles ou pluriannuelles,
est un cadre à l'intérieur duquel les enseignants et les enseignantes feront
les choix pédagogiques. Pour permettre ces choix, le programme officiel doit
avoir les caractéristiques suivantes:
- il doit donner des
indications permettant de clarifier, aux yeux des enseignants, la situation
et la fonction de cette matière dans l'ensemble du dispositif: place et
rôle dans la poursuite des objectifs du cycle, place et rôle dans la séquence
de cette matière (cohérence disciplinaire), place et rôle dans le domaine
du champ de connaissance du cycle et de l'année (cohérence et intégration
avec les matières du même champ de connaissance), interrelations possibles
avec les autres matières enseignées la même année (cohérence interdisciplinaire);
- il doit indiquer de
façon claire les quelques objectifs visés par le cours et de façon explicite
les éléments de connaissance à acquérir et les éléments de compétence à
atteindre. Les éléments de connaissance sont les notions, les concepts,
les savoirs-faire propres à la discipline. Les éléments de compétence indiquent
soit le niveau de maîtrise visé dans l'appropriation des connaissances (initiation
ou maîtrise technique), soit le niveau de compétence qui peut être mesuré
en fin d'année.
Dans la conception même
du programme officiel, on doit tenir compte de certaines préoccupations qui
doivent marquer le renouvellement du curriculum d'études:
- le programme doit être
pensé de façon à tenir compte de la nécessité de développer chez les élèves
des compétences transversales: apprentissages intellectuels, méthodologiques,
sociaux;
- le programme doit être
pensé de façon que l'approche culturelle soit présente;
- le programme doit être
pensé de façon à faire place à l'utilisation des nouvelles technologies
de l'information et des communications;
- le programme doit être
rédigé dans un langage qui évite le jargon technique et l'utilisation de
termes empruntés à des écoles pédagogiques ou didactiques.
Les programmes de la formation
de base, c'est-à-dire ceux du primaire et du premier cycle du secondaire,
doivent être conçus de telle façon qu'ils tiennent compte de la diversité
des aptitudes des élèves. Dans la classe, la prise en considération de l'hétérogénéité
ne doit pas se faire par un repli sur les minimums de connaissances, mais
par la recherche de démarches adaptées au rythme des élèves. Aussi, la variété
des progressions et des démarches étant le moyen concret de tenir compte de
la diversité des élèves, le programme doit être conçu de façon à laisser à
l'enseignant et à l'enseignante le temps et la liberté d'ajuster les progressions
et les exigences, sans pour autant priver les élèves plus lents de l'accès
aux contenus communs. Il doit laisser aussi à l'appréciation des équipes-écoles
la progression annuelle et l'organisation des séquences.
Le programme officiel
ne doit pas présenter la mise en oeuvre du cours, mais il peut donner, dans
certains cas, des indications ou des renseignements qui aident cette mise
en oeuvre, par exemple:
- une explicitation du
contenu des programmes: les raisons qui ont amené à introduire une notion
ou à supprimer celle qui faisait partie antérieurement du programme;
- des indications concernant
la progression quand elle n'est pas linéaire;
- des indications concernant
les types d'activités propres à faire acquérir des savoirs-faire;
- des indications sur
la nature et l'ampleur des travaux personnels des élèves en dehors des cours;
- des indications concernant
des approches pluridisciplinaires ou interdisciplinaires d'une année ou
d'un cycle d'études: sujets d'études, thématiques, organisation d'expositions.
L'ensemble des programmes
officiels se présentera sous la forme de deux documents:
- un document de type
vertical présentant, pour chaque programme, l'ensemble des cours de ce programme,
année après année, afin de permettre de saisir la progression dans la discipline;
- un document de type
horizontal, qui prendrait la forme d'un document de référence établissant,
pour le personnel enseignant, le champ de leur action collective. Ce document
présenterait, pour chaque année d'études ou pour chaque cycle, l'ensemble
du contenu des matières de ces années d'études, afin de permettre de saisir
les cohérences interdisciplinaires et les convergences et divergences entre
les méthodes des différentes disciplines de ces années. Actuellement, seuls
les documents du type vertical existent. Une attention particulière devra
être portée à l'élaboration des documents de type horizontal.
Le format des programmes
rédigés à destination des parents, du grand public et des élèves eux-mêmes
Le programme officiel
est destiné essentiellement aux enseignants et enseignantes. Il leur indique
les références nationales de leur enseignement. Mais, il est indispensable
que la connaissance de «ce qui s'enseigne» à l'école soit aussi accessible
aux parents, au grand public, aux élèves eux-mêmes. À l'école, la relation
entre l'enseignant et l'élève n'est pas directe, elle est médiatisée par le
programme d'études. Or, les programmes d'études, le curriculum d'études de
l'école obligatoire, sont d'intérêt public. S'y exprime le projet éducatif,
le socle commun des savoirs essentiels que l'on veut transmettre à tous les
enfants. Cette information, pour qu'elle soit effectivement visible, doit
être accessible dans un autre format que celui du programme officiel.
Cet autre document ne
peut avoir la technicité du programme officiel qui établit l'encadrement de
l'enseignement, sa destination étant autre. Il doit, cependant, donner des
renseignements précis qui permettent aux parents, au grand public et aux élèves
de comprendre ce qu'ils feront dans l'année ou dans le cycle et à quelles
exigences ils devront satisfaire au terme de cette année ou de ce cycle. Un
tel document devrait:
- indiquer les objectifs
visés par l'année d'études et le cycle;
- indiquer les objectifs
visés par chaque matière de l'année ou du cycle;
- donner de façon synthétique
des informations sur les contenus de chacune de ces matières;
- préciser ce que l'élève
devra avoir acquis au terme de l'année ou du cycle pour poursuivre ses études
à l'échelon supérieur.
| 2.2 |
Les
mécanismes de supervision, de coordination et de contrôle de l'établissement
des programmes |
Nous avons reçu le mandat
d'examiner l'opportunité de créer une Commission nationale des programmes.
Avant de pouvoir répondre à une telle question, il nous faut analyser comment
les fonctions de supervision, de coordination et de contrôle sont assumées
dans le dispositif actuel et voir si ces mécanismes sont suffisants pour répondre
aux travaux d'élaboration et d'établissement des programmes d'études.
La fonction de supervision
La supervision, ou surveillance
générale, du processus d'établissement des programmes par une instance éloignée
des activités d'élaboration des programmes est peu présente dans le système
actuel.
Seuls les comités confessionnels
du Conseil supérieur de l'éducation exercent une fonction de supervision éloignée
des activités d'élaboration des programmes d'enseignement moral et religieux
confessionnels. Et, cette fonction, qui va jusqu'à l'approbation des programmes,
guides pédagogiques et manuels, leur est reconnue dans la Loi du Conseil supérieur
de l'éducation. Le Conseil supérieur de l'éducation lui-même, de par son mandat
général, peut donner au ministre des avis, sur l'un ou l'autre programme d'études,
ou le ministre peut lui demander un avis sur ces questions. Mais ces interventions
restent ponctuelles, elles ne prennent pas en charge le pilotage général de
l'établissement des programmes, comme le font les comités confessionnels pour
les cours d'enseignement moral et religieux.
Or, il est de plus en
plus clair, pour tous les intervenants, que le système actuel doit être corrigé
sur ce point. La détermination préalable des orientations qui doivent présider
à l'élaboration des programmes ne doit pas être faite par les seules personnes
qui participent à leur mise en oeuvre. Les personnes à qui ce mandat de supervision
générale devrait être confié doivent certes connaître les sujets en cause,
mais elles doivent tout autant avoir une certaine distance par rapport à la
mise en oeuvre. La création ministérielle du Groupe de travail sur les profils
de formation (comité Corbo) et celle de notre groupe de travail visaient explicitement
cet effet. Mais, il y a intérêt que l'exercice d'un tel rôle ait un certain
caractère de permanence. L'établissement des programmes d'études de l'enseignement
obligatoire requiert l'intervention de personnes qui, sans être des spécialistes
du curriculum, ont acquis une réputation pour leur intégrité, leur clairvoyance,
leur engagement pour ce qui regarde la chose publique. Et, les responsables
des activités d'élaboration doivent pouvoir s'adosser sur les orientations
émanant d'une instance dont la légitimité est reconnue. Cela devrait, en outre,
diminuer les demandes de sollicitation de l'arbitrage du ministre, en cours
de processus, et rendre plus difficile l'organisation des lobbies disciplinaires.
La fonction de coordination
La fonction de coordination
d'ensemble est peu présente dans le système actuel parce que la logique de
l'organisation des programmes d'études ne le demande pas. Cette logique est
celle de l'organisation d'un ensemble mécanique. Une fois décidée la place
de chacune des disciplines dans la grille-matières, l'établissement des programmes
de chacune d'entre elles suit sa logique de développement propre. La cohérence
verticale des matières à travers les années d'études est recherchée. La cohérence
horizontale, elle, à une même année, est négligée. Et, nous avons vu que cette
conception mécanique avait comme effet de pousser à la balkanisation des programmes
d'études.
Dans un tel système, la
fonction de coordination peut se limiter à celle des processus administratifs
de l'établissement des programmes. Quant au contenu, chaque unité peut vivre
son développement propre, répondant à la seule problématique de la matière.
Or, les travaux à mener
dans la refonte des programmes obéissent à une toute autre logique. Cette
logique est celle d'un ensemble organique, où l'importance est aussi donnée
aux relations entre les éléments. Dans un tel système, les fonctions de coordination
doivent être clairement assumées. Et, comme il faut passer d'un système à
un autre, elles doivent l'être fermement. En effet, des opérations d'intégration,
exigeant une coordination ferme, devront être assurées à court terme: intégration
poussée des disciplines et matières dans un domaine de connaissance, développement
vertical des programmes d'études par cycle et à travers les cycles de la formation
de base, tout en se préoccupant à chaque année d'études ou à chaque cycle
des interrelations horizontales entre les disciplines d'un même champ de connaissance
et celles de l'ensemble des disciplines ou matières d'une même année d'études.
De plus, il faudra aller
à contrepente d'un système où la demande d'éléments nouveaux de connaissance
donnait lieu à des demandes de création de nouveaux cours. Pour contrer cette
tendance, nous proposons d'intégrer des apprentissages transversaux dans le
curriculum global et les éléments de contenus connexes les plus pertinents
dans les programmes d'études. Or, une telle opération ne peut être laissée
à la seule initiative des concepteurs de programmes d'études. Elle doit être
coordonnée. Les apprentissages qu'il faut assurer doivent être préalablement
établis, leur insertion dans les différentes disciplines ou matières doit
être précisée et il faut s'assurer qu'elle l'est effectivement.
La fonction de contrôle
La fonction de contrôle
existe dans le système actuel, mais elle s'exerce à l'intérieur de la logique
du système compartimenté. Chaque responsable de programme du Ministère exerce
le contrôle sur les activités d'établissement de programmes dont il a la responsabilité.
Au-dessus de lui, dans ce système, le contrôle est administratif.
Or, les travaux à mener
dans l'établissement des programmes, leur ampleur, leur complexité et la nouveauté
des approches proposées par rapport à la situation actuelle exigeront un contrôle
de type plus organique afin de s'assurer que les programmes établis correspondent
bien aux orientations et aux encadrements arrêtés.
Cette instance de contrôle
doit être assez proche de ceux et celles qui coordonnent les opérations d'établissement
des programmes. En effet, il est important que les interactions puissent avoir
lieu au cours du processus d'élaboration des programmes et que des corrections
de parcours puissent être établies avant le terme de l'élaboration.
Une Commission nationale
des programmes?
Pour que soient accomplies
les tâches d'établissement des programmes d'études, les fonctions de supervision,
de coordination et de contrôle exercées dans le système actuel devront l'être
dans un tout nouvel environnement. Il nous faut faire des propositions pour
qu'il en soit ainsi. Mais, cette situation ne nous est pas particulière. L'importance
accordée, actuellement, dans différents pays, au renouvellement du curriculum,
les conduit à revoir leur dispositif d'établissement des programmes. Nous
avons examiné deux créations récentes représentant deux modèles différents.
- Le Conseil national
des programmes en France. C'est un organisme de création récente (1990)
qui donne des avis et adresse des propositions au ministre de l'Éducation
nationale sur la conception générale des enseignements, les grands objectifs
à atteindre, l'adéquation des programmes et des champs disciplinaires à
ces objectifs et leur adaptation au développement des «connaissances» pour
l'école primaire et secondaire. Cet organisme n'élabore pas les programmes,
mais il donne son avis sur la composition des groupes qui sont chargés de
les faire et sur les conclusions des travaux de ces groupes. Cet organisme
est indépendant et ses rapports sont rendus publics. Compte tenu des personnalités
qui le composent, cet organisme a un grand pouvoir d'influence.
- Le School Curriculum
and Assessment Authority en Angleterre. Cet organisme de création récente
(1993) est le résultat de la fusion de deux organismes créés par la Loi
de la réforme de 1988: le National Curriculum Council se préoccupait
de tous les aspects du curriculum et le School Examination and Assessment
Council qui s'occupait de l'évaluation. Il existe, en Angleterre, une
tradition en vue de distinguer la responsabilité politique de celle des
experts dans le domaine de l'éducation. L'organisme créé a en fait un mandat
très large et des pouvoirs de décision et de production.
À la suite de l'examen
de ces deux modèles, nous sommes arrivés à la conclusion que l'évolution de
notre système d'établissement des programmes doit s'inspirer du modèle français
plutôt que du modèle anglais, pour les deux raisons suivantes:
- le modèle français
veut corriger une situation analogue à la nôtre. Dans les deux cas, le ministère
de l'Éducation joue un rôle important dans l'encadrement général des études
(établissement des programmes, évaluation). La création du Conseil national
des programmes veut, en France, faire contrepoids à la seule responsabilité
des spécialistes du Ministère (elle est exercée par les inspecteurs généraux)
dans l'établissement des programmes. Le modèle anglais, lui, vise à corriger
une situation qui n'est pas la nôtre. Jusqu'à présent, une grande autonomie
était laissée aux écoles et aux districts dans l'établissement des programmes
d'études. La Loi de la réforme de 1988 a voulu corriger cette situation
en centralisant les pouvoirs en matière de curriculum et d'évaluation. Mais,
plutôt que de confier au ministère de l'Éducation l'exercice de ces pouvoirs
centralisées, la Loi de 1993 les confie à un organisme ayant autorité sur
les curriculums et l'évaluation.
- le modèle anglais arrive
à concilier les exigences de la centralisation (les écoles et les districts
ont moins de pouvoirs en matière d'établissement des programmes) et de la
décentralisation (ces pouvoirs sont exercés par un organisme indépendant
du Ministère). Ce modèle présente donc le sens d'une évolution souhaitable.
Mais, proposer actuellement un tel modèle, pour nous, entraînerait des bouleversements
au moment où d'autres éléments du système d'éducation sont eux aussi remis
en cause. La mise en oeuvre d'une telle structure ferait perdre un temps
précieux, alors que les tâches concernant les contenus et le renouvellement
des programmes d'études ne peuvent attendre. Il faut aussi noter que le
modèle anglais est le fruit d'une évolution dont la première étape a été
la création d'un Comité national des programmes.
Il nous paraît donc nécessaire
que soit créée, à court terme, une Commission nationale des programmes pour
la période où des travaux importants de refonte et d'élaboration des programmes
devront être menés. Pendant cette période, cette instance serait responsable
de l'établissement des orientations et des encadrements généraux qui serviront
de guides pour établir les programmes. La responsabilité de la rédaction des
programmes resterait sous la responsabilité du ministère de l'Éducation. Mais
la Commission nationale, au terme du processus, donnerait, avant approbation
par le ministre, un avis sur les programmes proposés.
Une telle instance est
indispensable pour que la supervision, la coordination et le contrôle des
opérations de refonte des programmes soit menés avec célérité et cohérence.
De plus, il nous paraît
opportun que cette Commission nationale des programmes ait un caractère de
permanence. En effet, une telle commission permettrait:
- d'entretenir une réflexion
permanente sur le curriculum et les programmes;
- de jeter un regard
plus libre sur les programmes et sur le curriculum parce que mieux protégée
de la pression des groupes d'intérêt, des aléas de la politique et des réactions
de l'opinion publique;
- de fonder des recommandations
sur des analyses solides plutôt que sur des rapports de force de groupes
d'intérêt;
- d'assurer une continuité
dans l'évolution des programmes d'études et de les ajuster au fur et à mesure
de l'arrivée de nouveaux besoins ou de nouvelles connaissances;
- de favoriser une vision
d'ensemble du curriculum et des contenus des programmes;
- d'entreprendre des
changements en profondeur et à long terme plutôt que de réagir aux pressions
et aux circonstances;
- de maintenir un groupe
d'experts généralistes auquel on peut en tout temps avoir recours au lieu
d'avoir à en créer un chaque fois qu'il y a un état d'urgence;
- de constituer un lieu
où l'interaction entre des personnes qualifiées provenant d'horizons divers
est rendue possible;
- d'augmenter la crédibilité
des recommandations parce que l'organisme ne peut être soupçonné d'opportunisme
politique.
| 2.3 |
Le
rôle des enseignants et des enseignantes dans l'établissement et la mise en
oeuvre des programmes d'études |
Le curriculum d'études
réel est celui qui est appliqué dans les classes et le meilleur des curriculums
officiels ne pourra faire fi de cette réalité. Or, la qualité de l'enseignement
dépend de la qualité de l'acte professionnel des enseignants et des enseignantes.
Encore faut-il un espace pour qu'un tel acte puisse s'exercer. Et, pour qu'il
le soit, cette expertise professionnelle doit être sollicitée au moment de
l'établissement des programmes, elle doit aussi pouvoir s'exercer pleinement
au moment de leur mise en oeuvre, elle doit enfin être alimentée par un environnement
qui facilite l'innovation.
La participation
des enseignants et des enseignantes à l'élaboration des programmes
Actuellement, les associations
professionnelles d'enseignants, des représentants de mouvements pédagogiques
sont associés aux opérations d'établissement des programmes, mais les enseignants
du terrain le sont peu. La logique du système mis en place tend à les considérer
comme des applicateurs et non comme des experts. Or, cette conception de leur
rôle doit être changée. Ce sont des professionnels et il faut donc utiliser
leur expertise de professionnel de terrain. Il faut donc faire la part la
plus large possible, dans l'élaboration des programmes, aux enseignants et
enseignantes qui enseignent ces programmes. S'ils ne peuvent être ceux ou
celles qui déterminent «ce qui doit être enseigné», on ne peut se passer de
leur expertise pour s'assurer au moins que ce qui est proposé est réalisable.
Au minimum, l'année précédant
la mise en oeuvre d'un nouveau programme, une structure efficace d'échanges
doit être mise en place pour recueillir l'avis du plus grand nombre de praticiens
et de praticiennes sur la pertinence et la faisabilité de ce qui est proposé.
Ces retours de consultation permettront de mesurer l'écart entre les spécialistes
et les professionnels du terrain. Les contenus proposés deviendront alors
objets de dialogue et non de simples exercices imposés. Au terme du processus,
des corrections pourront être apportées. Parfois, des choix refusant les consensus
artificiels devront se faire, mais les points de vue auront eu l'occasion
de s'exprimer. Dans tous les cas, la rétroaction du résultat du processus
et de son incidence sur le programme proposé devra être assurée.
On peut solliciter une
participation plus grande encore des enseignants dans l'élaboration des programmes
en les associant aux différentes étapes du processus et non seulement à son
terme. Nous pensons que l'expérimentation d'un tel processus d'élaboration
de programmes doit être essayée pour l'un ou l'autre programme.
La participation
des enseignants et des enseignantes à la mise en oeuvre des programmes d'études
Dans les écoles, les équipes-écoles,
disciplinaires ou interdisciplinaires, feront les choix pédagogiques adaptés
aux élèves à partir de l'instrument de travail qu'est le programme officiel.
C'est pourquoi il ne faut plus proposer un modèle détaillé de mise en oeuvre
mais se contenter de donner quelques indications éclairant les enjeux de cette
mise en oeuvre.
Nous ne proposons pas
non plus que des guides pédagogiques d'accompagnement soient élaborés par
le Ministère. Les initiatives des associations professionnelles des disciplines
et les réalisations des équipes-écoles devraient être suffisantes pour susciter
et entreprendre la création d'outils qui s'avéreraient nécessaires.
Pour les mêmes raisons,
nous pensons que le Ministère doit ajuster certaines de ses pratiques à l'égard
du processus d'approbation du manuel scolaire. D'ailleurs, les possibilités
créées par les nouvelles technologies de l'information vont remettre en cause
les fonctions actuelles du manuel.
Nous croyons que le ministre
de l'Éducation devrait continuer à approuver les manuels scolaires, ou tout
matériel didactique de base qui en tient lieu. Il devrait toutefois modifier
ses pratiques sous deux aspects. D'abord, nous pensons, comme l'avait d'ailleurs
recommandé le rapport Lacoursière, que les conditions d'approbation du matériel
didactique de base devraient être assouplies «de façon à laisser davantage
de place à l'imagination créatrice et à la responsabilité des auteurs (et
des éditeurs), dans le respect toutefois des grandes orientations» et du contenu
des programmes d'études. Puis, le ministre, de façon à laisser une distance
stratégique entre l'instance évaluatrice et l'instance de décision, devrait
confier à un organisme externe au Ministère la responsabilité d'évaluer le
matériel didactique de base et lui faire des recommandations quant à son approbation.
Pour les écoles anglophones,
les mécanismes de production devront être adaptés à l'exiguïté du marché.
Un organisme d'innovation
pédagogique au service des enseignants et des enseignantes?
Nous n'avons pas reçu
le mandat d'examiner s'il est pertinent qu'un tel organisme soit créé. Mais,
au terme de ce processus d'analyse du système d'établissement des programmes
d'études, cette question s'est posée à nous, pour les deux raisons suivantes:
- les changements que
nous proposons conduisent à alléger l'intervention du ministère de l'Éducation
dans l'établissement des programmes d'études. Or, cette réalité existe déjà
dans de nombreux pays, plus particulièrement dans les pays de tradition
anglo-saxonne. Une étude que nous avons commandée montre que, dans les systèmes
qui confient à l'école une plus grande responsabilité en matière d'explicitation
et d'adaptation du contenu des programmes - ce qui n'est pas toutefois encore
ce que nous proposons -, des organismes publics ou privés prennent en charge
le développement des ressources didactiques.
- la prise en considération
de la responsabilité professionnelle des enseignants et des enseignantes
commande une organisation structurée de l'information en matière de ressources
et de méthodes pédagogiques. La mise en oeuvre d'un tel système d'information
implique de la recherche sur les besoins des enseignants et des enseignantes
mais aussi une analyse critique des productions et des méthodes pédagogiques.
De plus, l'exercice de cette responsabilité doit être stimulé par le soutien
à l'innovation. Ici encore, un tel soutien gagnerait à être organisé et
appuyé sur la recherche. Au cours des États généraux sur l'éducation, il
est clairement apparu qu'il y avait, en cette matière, un vide que l'actuelle
recherche universitaire en éducation ne pouvait pas combler.
Nous ne sommes pas en
mesure de dire si un organisme devrait prendre en charge les problèmes relatifs
à la production de documents didactiques. Pour répondre de façon certaine
à cette question, il nous faudrait faire une analyse des réalisations passées
en ce domaine, examiner les raisons qui ont conduit au démantèlement de la
Direction générale des moyens d'enseignement du ministère de l'Éducation et
du Centre APO-Québec, par exemple, étudier les conditions actuelles du marché
des productions privées d'instruments didactiques, juger de leur valeur, etc.,
ce que nous ne sommes pas en mesure de faire. Nous voudrions cependant dire
que l'examen du passé ne peut servir à lui seul pour déterminer ce qu'il faudrait
faire à l'avenir. Le système actuel d'établissement des programmes, en déterminant
un modèle de mise en oeuvre auquel vient se greffer un manuel approuvé selon
sa conformité avec ce modèle, ferme le jeu de la variété des moyens didactiques.
Or, les nouveaux dispositifs que nous proposons ouvrent au contraire ce jeu.
Plus généralement, le discours pédagogique s'est intéressé, surtout chez nous,
à la relation entre les élèves et le maître et plus rarement à «ce qui doit
être enseigné». Or, l'intérêt nouveau porté au curriculum d'études - et il
s'agit là d'un changement radical - ouvrira dans les années qui viennent un
champ où «ce qu'il faut enseigner» et les questions didactiques concernant
les différentes disciplines à enseigner prendront de plus en plus d'importance.
Il faudra donc se préoccuper de ce champ nouveau et il n'est pas certain que
les simples initiatives individuelles seront suffisantes pour permettre des
progrès.
Par contre, nous sommes
certains que le soutien à l'information sur les méthodes et le matériel didactique,
comme le soutien à l'innovation, ne peuvent être laissés au libre marché.
L'organisation d'un tel soutien doit-il relever directement du Ministère ou
être assuré par un organisme privé? Les modèles d'organismes remplissant ces
fonctions sont divers. Mais, la tendance actuelle est de créer des organismes
ayant une autonomie assurée par une loi, où les différents partenaires du
secteur de l'éducation sont présents et dont le financement est assuré par
les fonds publics et privés. Car de tels organismes existent dans d'autres
pays.
L'examen de l'hypothèse
de la création d'un organisme voué au soutien à l'innovation pédagogique des
enseignants et des enseignantes ne faisait pas partie de notre mandat. Mais
la logique des propositions de transformation du système d'établissement des
programmes nous a laissé entrevoir cette hypothèse. Aussi, nous pensons que
cette question doit être examinée très sérieusement.